Renouer avec l’herbe

Après une flirt manqué à l'adolescence, Gwendolyn Dundonald a finalement dû admettre qu'elle et l'herbe n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Puis elle a rencontré l'Élu !

Gwendolyn Dundonald
TESS SMITH-ROBERTS

La première fois que j’ai fumé de l’herbe, c’était dans un cinéma, au Rocky Horror Picture Show. J’avais 13 ans et j’ai pris quelques bouffées timides, que je n’ai même pas inhalées. Rien du tout. Peut-être avais-je une grande tolérance pour ça ? Peut-être étais-je une fumeuse naturelle d’herbe? 

La deuxième fois que j’ai fumé de l’herbe, c’était le premier jour de la neuvième année avec deux jeunes, riches et cools, que je venais de rencontrer (ils s’appelaient Charles et Buffy). J’ai pris une bouffée (et j’ai inhalé, cette fois) et j’ai beaucoup toussé, puis j’en ai pris une autre, puis une autre encore. Cette fois-ci, je me suis sentie étourdie et heureuse. Tout ce qu’ils disaient était si drôle et, wow, ça va être toute une année pour moi ! Au diable, 8e année de merde ! Je ne pouvais plus m’arrêter de rire et oups, voilà que je me pisse dessus : j’étais en train de pisser dans mes vêtements devant ces jeunes riches et cool, qui regardaient mes collants bleus devenir de plus en plus foncés. Super début d’année !

Au cours des années qui ont suivi, tout ce qui était associé à l’alcool – les larmes, les vomissements, les cris – tout ça me terrifiait : j’ai réussi à traverser tout mon secondaire sans boire une goutte d’alcool. Par contre, l’idée de consommer du cannabis me plaisait, bien que mon expérience n’ait jamais été à la hauteur de mes attentes. J’avais envie de faire partie du groupe des joyeux fumeurs qui traînaient sur les pelouses de l’école.

Mais l’herbe, comme le skateboard, la masturbation et tout ce qui était cool, c’était la chasse gardée des garçons. On reconnaissait les adeptes par leur odeur distincte et les noms de groupes dessinés sur leurs cartables (Led Zeppelin, The Doors). Mais les garçons me faisaient peur, et le jargon me faisait peur. Je ne participais que lorsque quelqu’un d’autre m’en offrait, même si je ne comprenais jamais ce qu’ils voulaient dire par : « Ça, c’est du bon stock ». Ça veut dire quoi « du bon stock » ? « Bon » comme je me sens bien – calme, heureuse, légère – ou « bon » comme les garçons le définissaient, c’est-à-dire super fort, à faire exploser mon anxiété comme un ballon, à me fera hyperventiler et trembler ?

l’idée de consommer du cannabis me plaisait, bien que mon expérience n’ait jamais été à la hauteur de mes attentes.

J’avais besoin d’une herbe pour fille, pas du pot de gars, mais l’idée d’avoir mon propre stash, de me renseigner sur sa provenance, sur ses effets ou sur sa force, ou encore de savoir si c’était une variété de type high ou de type down, tout ça me paraissait rébarbatif. Comme pour le reste de mon adolescence, c’était un tâtonnement maladroit et bâclé : on prenait ce qu’on pouvait, on allumait ce qui se trouvait dans le Ziplok écrasé du sac à dos d’un type quelconque, et on espérait que tout se passe bien. 

Dans les décennies qui ont suivi, ça ne s’est pas vraiment amélioré. Je ne connaissais pas les différentes souches, les niveaux de THC, ni ce qu’étaient les terpènes. Je jouais à la roulette russe et je prenais quelques bouffées pour voir ce qui se passerait. Parfois, j’avais de la chance, je riais, j’étais drôle, je mangeais des popsicles et je me baignais toute nue. D’autres fois, je me retrouvais du côté obscur, prise de terreur, horriblement étourdie, mangeant des grignotines salées pour calmer ma nausée, regardant la chaîne météo pendant des heures, caressant frénétiquement mon chat. Il ne m’est jamais venu à l’esprit que je pouvais avoir le contrôle de la situation si j’étais mieux informée sur le cannabis. 

Puis, il y a quelques mois, mon ami le plus féru d’herbe m’a tendu un vaporisateur. « Fais-moi confiance », m’a-t-il dit. « C’est exactement ça que tu veux. »

C’est l’homme que j’ai épousé !

C’était une huile 4:1 CBD:THC. J’avais essayé l’huile CBD il y a quelque temps, ayant été charmée par la promesse de la petite sœur du THC, sur laquelle tous les projecteurs du bien-être étaient braqués, mais je n’avais rien ressenti. Mais maintenant, avec une petite touche ajoutée de THC ? Mon cœur était conquis (Littéralement. Les effets calmants de la vapoteuse magique sont incroyables).

Finies les bouffées aléatoires de substances-mystère. Maintenant, je suis capable de microdoser le THC au lieu d’adopter l’approche massue de ma jeunesse.

Finies les bouffées aléatoires de substances-mystère. Maintenant, je suis capable de microdoser le THC au lieu d’adopter l’approche massue de ma jeunesse, et ces petites bouffées de ma vapoteuse font taire les voix dans ma tête – ces voix qui me harcèlent toute la journée à propos des lunchs d’école, de la diarrhée du chien, des grille-pain défectueux et des conversations gênantes que j’ai pu avoir voilà cinq ans. Ça rend la construction de meubles IKEA agréable. Il est agréable de promener son chien le soir. Ça améliore mon sommeil. Ça atténue mes crampes. Se brosser les dents est devenu une expérience divine. Tout comme le fait de s’embrasser passionnément. 

Ce qu’il y a de mieux, c’est que je ne me sens plus dans un état second. Je n’ai pas l’impression de perdre la tête ou de ne plus savoir en quelle année nous sommes (merci pour cette expérience étrange, souche Time Warp !). Je n’ai pas la bouche sèche, je ne suis pas paniquée et je ne suis pas clouée à mon divan. Imaginez une table de mixage, avec des boutons tournoyants et des curseurs coulissants. Dans le passé, l’herbe a simplement fait tourner tous les boutons vers la droite, et fait monter toutes les glissières jusqu’à 11. Cette nouvelle découverte ne fait que réduire le bruit (lire : diarrhée du chien/lunch d’école) et permet de mieux entendre les sons harmonieux. Ça aide mon cerveau à établir des priorités. Mais le meilleur de tout ? Finis les billets de 10 dollars froissés que l’on donne avec nervosité à un type louche en faisant semblant de faire la conversation. Finies les devinettes, la peur de poser des questions ou l’angoisse de se trouver face à des émissions anti-drogue après l’école. 

Et je ne pisse plus dans mon pantalon. 

Désolé, mais vous êtes trop jeune pour savoir si Jonathan Adler conçoit des objets osés tout en vivant sainement.

Nous, on ne bouge pas d’ici. On vous attendra.

Sous cet éclairage, il est difficile de distinguer votre âge. Petite question pour vous flatter : quel âge avez-vous?

Avez-vous atteint l’âge de la majorité dans votre province?