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la photographe

Michelle Yee désire repousser ses limites en matière de photographie. Ayant grandi dans une famille d’Edmonton où « il y avait toujours une caméra », elle s’est servie de ce médium pour figer, puis analyser, des moments dans le temps, que ce soient des portraits, de documentaires ou des mariages. En 2014, Yee et sept autres femmes ont cofondé SOFIA - la Society of Females in Art - un collectif de photographes torontoises voué à donner une voix aux femmes par l’intermédiaire d’expositions et de mentorat. Michelle est une conteuse et artiste canadienne d’origine asiatique qui s’est value de nombreux prix. Aujourd’hui installée à San Francisco, Michelle s’est tournée vers une nouvelle forme de narration intime : un mémoire photographique intitulé After That August, où elle raconte sa quête pour retrouver l’amour suite à son divorce. A travers la photographie et les écrits, ce livre se veut une réflexion sur la dissolution.

En bref

Site Web

michelleyee.com

Instagram

@_michelleyee

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours eu l’impression que la vie était éphémère. Je me souviens même d’avoir refusé de fêter mon anniversaire quand j’étais enfant, parce que cela signifiait que le temps fuyait ! La photographie était ma façon de figer le temps et de m’y accrocher. C’est ma mère qui m’a rendue accro à la photo quand j’étais jeune. Elle a appris à utiliser un appareil reflex, elle a suivi des cours de développement en noir et blanc, et elle m’a appris à utiliser son appareil photo. Quand elle a développé ses premières photos pour moi, c’était tellement excitant.

Tout au long de ma carrière de photographe, j’ai été plutôt généraliste. J’adorais prendre des clichés, et j’ai pu faire toutes sortes de mandats. J’aimais tout ce que la photographie me permettait de faire. Je rencontrais des gens que je ne rencontrerais pas normalement, je voyais des choses que je ne pourrais pas voir normalement, tout ça parce que les gens avaient besoin de photos. Avoir un appareil photo me donnait l’impression d’entrer dans un monde auquel je n’aurais pas eu accès autrement.

SOFIA a catalysé la découverte de ma propre voix en tant qu’artiste. Une grande partie de la motivation qui nous a réunis pour former SOFIA, c’était que nous voulions renouer avec ce qui nous a attirées vers la photographie en premier lieu ; je ne crois pas qu’aucune d’entre nous s’attendait à ce que ce collectif devienne ce qu’il est devenu. L’expérience d’apprendre à organiser les gens, et de voir ce qui peut arriver quand ils se réunissent autour d’un objectif commun, c’était vraiment excitant. Ce n’était pas pour un client : pour la première fois, c’était ce que je voulais faire, tout simplement. Faire en sorte que ça fonctionne, être soutenue par les autres membres et être accueillie si chaleureusement par ceux qui nous entourent : tout ça m’a insufflé une grande confiance.

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J’ai l’impression qu’il me reste encore beaucoup de choses à régler, ce qui entraîne son lot d’inconfort au quotidien. Plutôt que de demeurer rongée par le doute et par l’inquiétude, le cannabis m’aide à me concentrer sur ce qui est vraiment important ; il me rend plus présente.
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Vers la même époque, j’ai décidé que j’allais commencer à écrire un livre, mais je n’avais jamais essayé d’écrire, ni d’exposer mon travail en public. Enfant, avant d’être photographe, j’étais écrivaine, mais je me sentais trop jeune et immature : il était plus facile de faire de la photo. J’ai eu l’occasion de créer un zine en préparant un atelier que j’enseignais à New York, où j’ai déménagé après mon divorce pour tout recommencer à l’âge de 40 ans. C’est alors que j’ai commencé à faire ce dont j’avais envie plutôt que ce que je devais faire. J’ai senti cette histoire germer en moi, et je me suis demandé comment je pourrais la raconter.

La photographie était un outil, mais il y avait des parties de cette expérience – tout ce qui vient après « et ils vécurent heureux… », par exemple - que j’allais devoir communiquer par écrit. Trois semaines plus tard, j’avais cumulé 160 pages de texte.

After That August est le portrait d’un moment précis dans le temps ; c’est l’histoire de ce qui s’est passé après la dissolution de mon mariage. Nous avons été mariés pendant huit ans et nous nous sommes séparés en 2015. J’ai dû réfléchir sérieusement à qui j’étais, et à ce que tout cela signifiait pour moi. Comment puis-je envisager mon avenir alors que je traîne encore mon passé avec moi ? Cela m’a pris beaucoup de temps, en plus d’occasionner de nombreux questionnements. C’est également l’histoire de ma relation avec mon partenaire actuel, avec qui je suis depuis maintenant trois ans, mais c’est aussi l’histoire de la manière dont j’ai repris confiance en moi.

J’ai l’impression qu’il me reste encore beaucoup de choses à régler, ce qui entraîne son lot d’inconfort au quotidien. Plutôt que de demeurer rongée par le doute et par l’inquiétude, le cannabis m’aide à me concentrer sur ce qui est vraiment important ; il me rend plus présente. Je suis tellement reconnaissante que le cannabis existe et que je puisse y avoir accès, ici en Californie.

Je consomme du cannabis socialement et professionnellement ; il est présent au quotidien. Je suis encore en train d’expérimenter et de jauger ma consommation. Par le passé, je me fiais aux autres pour en obtenir, mais depuis que je suis en Californie, j’ai la liberté de rechercher moi-même ce qui fonctionne pour moi. J’utilise actuellement une vapoteuse PAX Era, et je deviens un peu plus consciente des nuances. Avant la légalisation, je prenais ce que je pouvais, mais maintenant, je teste différentes souches et différents produits, en prenant note de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas pour moi.

Avec le cannabis, ma perception est passée d’un objectif grand angle, où l’on peut voir toutes les possibilités, à un téléobjectif, qui permet de concentrer son attention sur ce qui compte. Parfois, le matin, je me sens un peu confuse sur ce que j’ai à faire dans la journée : tout me semble urgent et pressant. Je me tourne alors vers ma vapoteuse, puis tout devient clair. Je ne peux faire qu’une chose à la fois, alors j’en choisis une, puis je m’y mets. Le cannabis me donne le sentiment de pouvoir m’exprimer sans limites.

C'est incroyablement gratifiant de pouvoir saisir des moments — comme des mariages — qui évoquent des émotions et qui sont vraiment significatifs pour les gens sur le plan personnel. Il y a des photographes qui sont préoccupés par la pérennité de leur œuvre, mais moi, je préfère m’attarder à utiliser mes talents pour rendre service aux autres.

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En explorant de nouvelles perspectives photographiques, Michelle cherche continuellement à s’améliorer et à perfectionner son art. Elle partage ses conseils à l’intention des gens à l’esprit créatif, en quête de croissance et d’apprentissage, peu importe leur domaine.
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Provoquez les occasions. J’ai attendu trop longtemps que quelqu’un d’autre me donne une permission, une chance ou une opportunité. J’attendais littéralement que le téléphone sonne. Ce que j’ai appris depuis, c’est que c’est moi qui dois décrocher le téléphone et composer; la vie a vraiment changé quand j’ai commencé à agir par moi-même. Votre vie, votre réussite, votre bonheur - tout cela relève de votre propre responsabilité, alors n’attendez plus !

2

Soyez gentille envers vous-même. Le cheminement d’un individu créatif ne peut pas toujours être bordé de fleurs et de louanges. Certains peuvent trouver difficile, ou même conflictuel de faire les choses autrement. Lorsque vous évoluez et que vous grandissez, il est possible que votre travail ne soit pas immédiatement à la hauteur de vos attentes. Apprenez à devenir votre propre cheerleader. Les défis qui se présentent seront beaucoup plus faciles à relever si vous prenez l’habitude d’être gentille avec vous-même.

3

Les échecs sont des bénédictions. Tout ce que nous essayons ne peut pas toujours se dérouler comme prévu. Si vous pouvez vous entraîner à voir chaque échec, chaque défaillance ou chaque erreur comme un cadeau, ils vous seront d’une valeur inestimable à l’avenir. Lorsque vous créez quelque chose de totalement nouveau, apprendre ce qui ne fonctionne pas est tout aussi important que découvrir ce qui fonctionne. C’est formidable de gagner, mais c’est grâce aux échecs que nous pouvons vraiment apprendre.