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La rédactrice en chef

Née et élevée à Kamloops, en Colombie-Britannique et maintenant confortablement installée à Portland, elle se considère aujourd’hui mi-canadienne, mi-orégonaise. Ce qui a commencé à titre expérimental est devenu une publication respectée, vendue dans plus de 40 pays. Dans leurs efforts pour répandre la bonne nouvelle du cannabis, Anja et son équipe entièrement féminine participent à toutes les manifestations artistiques, de la création de festivals en passant par le PS1 de New York.

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Au cours d’une seule année, j’ai connu une période difficile où tout est arrivé en même temps ; divorcée après 11 ans de mariage, mon père est tombé très malade et j’ai quitté mon emploi pour aller vivre avec ma famille avant son décès. Suite à toutes ces expériences, j’ai eu l’impression de n’avoir plus rien à perdre : j’ai donc fait quelque chose que je n’aurais jamais cru faire—lancer un magazine.

Broccoli, c’était comme la fusion de mes deux passions. Je suis une passionnée de cannabis depuis longtemps, et alors que je travaillais comme directrice de création chez Kinfolk, je suis tombée en amour avec le processus de création de magazines. Kinfolk était un magazine culte qui a amorcé un renouveau dans les médias imprimés. Tout à coup, des magazines de niche foisonnaient sur tous les sujets, à l’exception de l’herbe. Pour moi, High Times et d’autres publications de la vieille école ne représentaient pas ma vision de l’évolution du cannabis ; d’une part, ces magazines étaient très masculins. Pour les femmes de mon entourage qui consomment du cannabis, ce n’est qu’une facette d’une réalité beaucoup plus large ; elles sont curieuses de science, d’horticulture, de cuisine, d’artistes, de musiciens, et bien plus encore. Et je savais que je voulais créer un magazine imprimé. L’herbe est sensorielle et physique ; elle me donne envie de m’éloigner de mon ordinateur et de passer du temps avec des choses tangibles. J’ai donc pris le risque d’expérimenter en produisant deux ou trois numéros sur papier. Et nous sommes aujourd’hui en train de donner naissance à notre 8e numéro.

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L’herbe est sensorielle et physique ; elle me donne envie de m’éloigner de mon ordinateur et de passer du temps avec des choses tangibles.
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Les femmes aiment partager entre elles mais traditionnellement, on ne nous a pas donné assez de plates-formes pour le faire ; avec Broccoli, on tente de changer ça. Le dialogue sur le cannabis est en pleine évolution et la réalité, c’est que bien peu de femmes voient leurs histoires relatées dans les médias. Lorsque nous avons commencé à faire des recherches et à parler aux femmes de leurs expériences avec le cannabis, un thème commun est apparu : la transformation. Bon nombre des femmes à qui nous avons parlé ont essayé l’herbe quand elles étaient plus jeunes, ont ensuite vécu des changements dans leurs vies puis, souvent, un événement marquant s’est produit qui a ramené le cannabis dans leurs vies.

Quant à moi, je n’ai pas d’histoire transformationnelle sur l’herbe. La première fois que j’ai fumé, c’était avec mes colocataires, en regardant des films quand j’avais 20 ans. Je venais d’emménager à Vancouver, et c’était notre façon de nous rapprocher. Maintenant, j’ai la trentaine et je l’utilise différemment à mesure que je prends conscience de mon corps et des effets du stress sur lui. Cela m’aide à dormir – je prends une petite dose de cannabis comestible environ deux heures avant de me coucher. Si je travaille très fort et que j’ai une mauvaise nuit de sommeil, tout s’écroule. Je l’utilise à des fins médicinales, mais aussi pour m’amuser - si je suis avec une très bonne amie, nous fumerons un petit joint pour s’amuser, et nous planerons toute la soirée ensemble.

Portland était l’endroit idéal pour lancer le magazine. Grâce aux lois sur la consommation de cannabis par les adultes, la ville regorge d’entrepreneurs intéressants et de gens qui font des choses créatives dans l’industrie du cannabis. La culture a évolué si rapidement ici qu’il est facile d’oublier que le cannabis demeure illégal à tant d’endroits. C’est notre responsabilité de donner le bon exemple ; le reste du monde nous regarde. Des copies de Broccoli ont été distribuées dans plus de quarante pays, de l’Italie au Japon ; j’ai même récemment reçu une lettre d’un lecteur au Pérou. Les choses évoluent de manière inattendue, créant des opportunités passionnantes. Plus tôt cette année, nous avons fait une installation artistique accompagnée d’une séance de dialogue au MoMA PS1 à New York, avec des arrangements floraux de plantes de cannabis. Nous transportions des plants de chanvre à partir d’une voiture garée en double dans la rue ; c’était une scène drôle et surréaliste. Je n’arrivais pas à croire qu’ils nous laissaient faire ça, mais le Farm Bill américain avait été adopté une semaine auparavant, rendant le chanvre légal au niveau fédéral. La semaine prochaine, je présiderai un panel pour Latitude à Calgary. C’est toujours excitant de rencontrer la communauté du cannabis dans différentes villes.

Le plus dur quand on travaille avec le cannabis, c’est que cette expérience modifie notre relation avec l’herbe. Lorsqu’on transforme un passe-temps en emploi, il arrive qu’on ne désire pas en parler ni y penser à la fin de la journée. Autrefois, l’herbe était privée et thérapeutique pour moi ; maintenant je dois me rappeler que je peux encore trouver du temps pour moi-même, sans rapport avec le travail. J’aime faire de longues promenades toute seule, écouter de la musique dans mes écouteurs et avoir juste un peu d’herbe pour agrémenter l’ambiance. Je me donne la liberté d’errer sans but, de m’attarder aux belles fleurs et de m’imprégner de l’environnement qui m’entoure.

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