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le médecin

Depuis 2001, les médecins sont les cerbères du cannabis légal au Canada. Le climat qui a mené à sa légalisation a suscité l'intérêt des patients, mais en raison de l'interdiction, il incombe aux professionnels de la santé de faire des recherches à ce sujet. Et ces recherches sont souvent limitées aux témoignages directs des patients, appuyées par bien peu de statistiques.

Dre Doris Mitchell est médecin de famille : elle exerce au sein de la Première nation crie de Chapleau, dans le nord rural de l'Ontario, une collectivité située à 160 km à l'est de Timmins. Sa pratique comprend la médecine générale, les urgences et les soins de longue durée. Dre Mitchell est également professeure adjointe à l'École de médecine du Nord de l'Ontario.

En bref

Dr. Doris Mitchell

MD, Professor at Northern Ontario School of Medicine

Nous nous sommes entretenus avec Dre Mitchell sur la façon dont sa passion pour ses patients l'a incitée à en apprendre davantage sur la prescription du THC et sur les thérapies au CBD. Elle traite actuellement un grand nombre de ses patients avec du cannabis, tout en poursuivant ses recherches sur les bienfaits du THC et du CBD pour les patients souffrant de douleurs, de fibromyalgie, de neuropathies, d'anxiété et d’autres troubles de l'humeur.

Dr. Mitchell belongs to the Brunswick House First Nation, a short distance from where she lives and works.

 


Les médecins qui envisagent de prescrire du cannabis à leurs patients doivent pousser leurs recherches au-delà ce qui est disponible auprès de leur ordre professionnel ou en ligne. Nous devons faire preuve de diligence et opter pour la meilleure ligne de conduite possible en matière de soins.

Je n'ai jamais consommé de cannabis quand j'étais jeune parce que j'avais peur de devenir toxicomane, dit-elle en riant. Pendant longtemps, j'ai cru fermement que c'était une drogue dangereuse et j'avais une opinion négative du cannabis...

Cette opinion est demeurée inchangée jusqu'à ce que mon fils adolescent commence à expérimenter avec le cannabis. Il souffre de TDAH et prenait du Concerta depuis l'âge de quatre ans. Il ne voulait plus prendre ce médicament parce que même s'il l'aidait à se concentrer, il le rendait aussi anxieux et déprimé. Il a donc remplacé le Concerta par la marijuana : presqu’immédiatement, il s’est mis à se sentir beaucoup mieux. Le cannabis l’a aidé non seulement à gérer son anxiété, mais aussi à contrôler son TDAH. Depuis, j'ai commencé à voir les choses différemment. Mes enfants et mes collègues m'ont dit que je devais en apprendre davantage sur cette plante : j'ai donc commencé à lire et à essayer de m'informer sur les bienfaits médicinaux du cannabis. Pendant tout ce temps, le nombre de mes patients qui en faisaient la demande pour des douleurs, des neuropathies et des dépressions augmentait, principalement chez les femmes de plus de 50 ans. C’est alors que mon point de vue a commencé à évoluer.

Depuis la légalisation, nombreux sont les patients qui me posent des questions sur le THC et le CBD comme options pour traiter leurs maladies chroniques. Ce qu’ils désirent surtout, c’est de remplacer leurs médicaments actuels par une alternative qui cause moins d'effets secondaires. En tant que professionnelle de la santé, je crois que nous avons la responsabilité de répondre aux besoins de nos patients du mieux que nous pouvons et sans préjugés. Aujourd’hui, avec de plus amples connaissances et une expérience concrète avec mes patients, je suis convaincue que le cannabis peut être bénéfique pour beaucoup de gens.

Les médecins qui envisagent de prescrire du cannabis à leurs patients doivent pousser leurs recherches au-delà ce qui est disponible auprès de leur ordre professionnel ou en ligne. Nous devons faire preuve de diligence et opter pour la meilleure ligne de conduite possible en matière de soins.

Je traite actuellement un patient aux prises avec une dépendance à la méthadone. Lorsqu'il a diminué sa consommation de méthadone, il s’est mis à consommer plus d'alcool. Résultat : pancréatite, puis hospitalisation. Je lui ai alors recommandé d’augmenter sa consommation de marijuana pendant sa convalescence : ç’a très bien fonctionné pour lui. Il a maintenant cessé de boire parce que le cannabis l'a aidé à réduire ses envies. Comment peut-on ignorer ou amoindrir la signification d’une telle histoire ? Quotidiennement, j'entends de plus en plus de témoignages semblables. Il y a au moins un patient par jour qui me pose des questions sur le cannabis, souvent des femmes âgées, jusqu'à 80 ans ! Elles ont lu des articles sur le cannabis dans les médias, ou ont des amis qui en ont profité. Plusieurs ne l'ont jamais essayé auparavant : elles sont curieuses et pleines d'espoir.

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Je suis médecin en Ontario, mais je suis aussi Autochtone : j'ai été élevée et formée pour prodiguer une approche holistique du bien-être. Le bien-être englobe tout votre corps. La santé physique, mentale et émotionnelle sont toutes reliées. Lorsque nous concentrons nos efforts sur l'amélioration de l'un de ces aspects, le reste de notre corps en bénéficie également.

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Si vous envisagez d'essayer le cannabis, vous devriez en parler à votre médecin. Bien que vous puissiez maintenant vous procurer légalement des produits récréatifs à base de cannabis, le THC et le CBD fonctionnent différemment selon le système endocannabinoïde de chaque individu. Le dosage et la méthode de consommation préférée diffèrent d'une personne à l'autre. Par exemple, l'effet d'entourage parle de « médecine de la plante entière », recommandant au moins une faible dose de THC pour tirer le meilleur parti du CBD, selon le patient. Il y a beaucoup de choses à prendre en considération, et je suis convaincue que si quelqu'un envisage de consommer du cannabis pour remplacer ou supplémenter ses ordonnances actuelles, cette décision devrait faire l'objet d'une discussion avec un médecin de famille.

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Il faut comprendre que pour beaucoup de médecins, parler de cannabis avec leurs patients est une nouvelle notion, et que tous les médecins ne sont pas favorables à sa prescription. Si vous êtes curieuse au sujet du cannabis et que votre médecin vous décourage d'en apprendre davantage, demandez-lui de vous référer à un spécialiste. Les patients ont le droit de parler à un professionnel de la santé qui a de l'expérience dans la prescription de cannabis pour un large éventail de conditions, et ils ont également le droit d'être proactifs au sujet de leur santé. Si vous êtes intéressée à essayer le cannabis et que votre médecin de famille ne peut pas répondre à vos questions sur le THC, le CBD, les micro-doses, les options de consommation ou les modalités pour s’en procurer, ne renoncez pas : trouvez-vous plutôt un médecin qui s’y connaît !