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La dessinatrice d’animation

Il y a onze ans, Nicolette Wood a quitté son noyau familial de Miami et a pris la route de l’ouest – de l’extrême ouest – pour réaliser son rêve de devenir dessinatrice d’animation. A 29 ans seulement, « Nico » s’est déjà taillé une place en tant que dessinatrice d’animation pour la télévision à Los Angeles. Sa carrière de rêve étant bien engagée, Nico peut maintenant se concentrer sur sa quête personnelle d’équilibre et de satisfaction ou, comme elle dit, « apprendre à se comprendre ». Dans le cadre de ce processus d’auto-découverte, le cannabis est devenu un ami sur lequel elle peut compter.

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Je viens d’une très grande famille. J’ai 30 cousins qui vivent tous à Miami : toute ma famille y demeure toujours. Vous connaissez le dicton « ça prend un village » ? Eh bien, j’ai été littéralement élevée par un village. Je désirais ardemment déménager à Los Angeles pour aller à l’école d’animation, mais je pense qu’à 18 ans, je n’ai pas réalisé toute l’ampleur de mon projet, celui de traverser le continent et de m’éloigner de mon « village ». Mon choix de demeurer à LA et d’y travailler fut également une décision importante et, onze ans plus tard, ma quête se poursuit.

Je suis à moitié Jamaïcaine. J’ai grandi à Miami avec la famille de ma mère – ma grande famille jamaïcaine. Du côté de cette famille jamaïcaine, tout le monde est très conservateur et personne ne fume d’herbe. C’est une habitude qu’on perçoit avec mépris. C’est un peu paradoxal, puisque nous faisons de l’excellent rhum, et que nous organisons beaucoup de soirées jamaïcaines généreusement arrosées de punch au rhum ! Ce n’est qu’à l’école secondaire que j’ai appris que les Jamaïcains avaient une réputation de fumeurs de cannabis : ainsi, c’est seulement au début de la vingtaine que j’ai fumé pour la première fois. J’avais commencé à travailler et je vivais avec des amis : on roulait et on fumait ensemble en regardant des films sur un projecteur dans le salon. C’était une époque heureuse, où je sentais que j’étais en train de me bâtir une nouvelle vie ici à Los Angeles.

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Le cannabis est un véritable ami pour moi. Et comme dans toute relation d’amitié, ma relation avec le cannabis a évolué avec le temps.
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Aujourd’hui, le cannabis est un véritable ami pour moi. Et comme dans toute relation d’amitié, ma relation avec le cannabis a évolué avec le temps. À ce stade de ma vie, la plupart du temps, je préfère être seule avec le cannabis. Comme ma vie professionnelle est de nature artistique, je suis souvent intimidée lorsque vient le temps de m’adonner à des projets personnels. J’ai découvert l’an dernier que quelques bouffées de ma pipe m’aident à me détendre suffisamment pour pouvoir m’asseoir, me concentrer et dessiner. L’une de mes routines préférées est de rentrer à la maison après le travail, dîner, préparer tout mon matériel artistique et prendre un produit comestible de cannabis que je connais bien (ainsi, je sais à quel effet m’attendre). Ensuite je commence à travailler et à en ressentir les effets, et ça me fait du bien. Ou encore, je fume de l’herbe, je prends un bain et je réfléchis aux évènements désagréables ou accablants que j’ai vécus pendant la semaine. Je peux me concentrer sur mon art et sur mes pensées – ces rituels m’aident à démêler ce qui se passe dans ma tête.

Retourner en Floride pour visiter ma famille et mes amis est une expérience surréaliste. Lors de mon passage récent à Miami, j’ai eu une « révélation ». Pour la première fois, j’ai perçu ma mère comme une personne à part entière, et non seulement comme une mère. J’aime ma famille, mais la fréquenter peut s’avérer épuisant. Je me rends compte que je me sentais piégée par la culpabilité, par la honte et par le désir d’être comprise par les gens qui m’ont élevée. Il y a certains aspects de moi que ma famille ne comprend pas, et qu’elle ne comprendra probablement jamais. J’accepte qu’ils ne changeront probablement jamais vraiment. Il peut être très libérateur d’accepter ce genre de vérité. Comment puis-je accepter qui je suis, ce que je veux et ce qui me rend heureuse ? Je me pose consciemment ces questions. Le but est d’arriver à pouvoir se dire: « Je mérite d’être heureuse. Je mérite de vivre pleinement ma vie. » Et quand on a réalisé cela, il faut agir en conséquence.

Au début de la vingtaine, je me suis liée d’amitié avec une de mes colocataires : nous fumions de l’herbe et discutions de l’univers, des planètes, des étoiles, des lunes de Saturne, de la taille des galaxies... C’était toujours amusant, parfois ridicule et léger, mais en même temps, il se passait quelque chose en mon for intérieur. Envisager des choses qui vont au-delà mon petit monde m’a permis de me sentir plus à l’aise pour aborder d’autres sujets, plus personnels et intimes. Le cannabis m’a aidée à concentrer mes pensées, à imaginer des choses merveilleuses et à croître en tant qu’individu : voir la situation dans son ensemble, prendre du recul, rire à haute voix. Être, tout simplement.

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Nico partage des conseils pour nous aider à vivre la vie saine et équilibrée que nous méritons toutes.
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Il ne suffit pas de travailler : trouvez-vous un passe-temps.

Choisissez une activité à laquelle vous aurez hâte de vous adonner, légèrement hors de votre zone de confort. Essayez de nouvelles choses et apprenez de nouvelles compétences afin de demeurer curieuse, vive et optimiste. Nico a récemment suivi des cours de « jam dance » au studio Contact Improv . « Je ne suis pas une très bonne danseuse, mais ça n’a pas d’importance parce que dans ce cours, il n’y a pas de règles. On a un partenaire, comme en acro-yoga, et une fois qu’on danse avec quelqu’un, on apprend comment bouger, être soulevée, tourner et même se rouler les uns sur les autres. J’avais besoin d’être en contact avec mon corps, de ne pas toujours dessiner ou fixer un écran d’ordinateur. »

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Exprimez votre créativité.

Nous sommes tous créatifs : fabriquer des choses, écrire ou même griffonner peut nous aider à stimuler notre créativité et à nous sentir plus épanouies. Nico fait des fanzines et des bandes dessinées comme moyen d’expression personnelle, en dehors de son travail de dessinatrice d’animation. « Il n’y a rien de plus précieux que ces moments que je m’accorde. Quand je ne le fais pas, ma vie est déséquilibrée. »

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Ayez un bon cercle d’amis.

Il est important de s’entourer de gens en compagnie desquels on peut être soi-même. Nico a trouvé cet entourage à Los Angeles : « Mes amies sont des femmes queer de couleur qui, comme moi, aiment les animes et l’herbe. J’adore faire de longues promenades avec une amie et un joint. Nous marchons pendant des heures et parlons de tout et de rien, de ce qui nous préoccupe : nos parents, nos emplois, les micro-agressions que nous vivons au quotidien. On en discute et on trouve des solutions. Tout le monde mérite d’avoir l’espace nécessaire pour être soi-même, pour être entière.